Un programme 2012-2032 : gestion des risques énergétique et climatique – Daniel Maïzi

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Un programme 2012-2032

Proposition de programme politique à long terme pour répondre aux enjeux majeurs actuels pour la société française : les risques énergétique et climatique.

Pourquoi un nouveau programme et pourquoi un programme sur trente ans ?

Il y a déjà pléthore de programmes pour l'élection présidentielle, pourquoi proposer un nouveau programme ?

La durée du mandat présidentiel et celui des députés est de cinq ans, alors pourquoi un programme si long ?

La réponse à ces deux questions est simple : aucun des programmes des candidats à l'élection présidentielle ne prend en compte les vrais enjeux de société actuels et cette prise en compte et les solutions à mettre en œuvre nécessitent des efforts soutenus dans le temps.

Quels sont les vrais enjeux de société à l'heure actuelle ?

Certes le chômage, la pauvreté, le logement, l'éducation, la dette de l'État ou de la Sécurité sociale, l'état de l'économie en général, pour ne parler que de quelques-uns, sont de vrais problèmes qui nécessitent une action à court terme ; d'autant qu'ils impactent durement la vie quotidienne de millions de personnes. Mais les traiter sans se préoccuper des menaces énergétiques et environnementales revient à les repousser pour les retrouver fortement aggravés dans quelques années.

Pourquoi les problèmes énergétiques et environnementaux sont une menace grave pour notre société ?

Notre société est entièrement dépendante du pétrole pour son développement, son fonctionnement ou même sa survie. Et ce n'est pas l'énorme part de la production électrique d'origine nucléaire ou hydraulique en France qui change cet état de fait : nous avons besoin du pétrole pour nos déplacements, le transport de nos marchandises, la production d'une partie des biens que nous produisons et pour notre chauffage. Même si l'électricité et le gaz fournissent une partie de ces besoins, cette part est minoritaire et ne saurait permettre un remplacement complet, et le gaz est porteur des mêmes types de problèmes que le pétrole.

Sans le pétrole, notre économie s'arrête et c'est la récession, la crise, voire, dans le cas d'une pénurie importante l'arrêt de toute activité (les anciens se souviennent de la crise de Suez en 1956 et du rationnement qui en découla). Il faut également savoir que pratiquement toutes les crises économique ou financières de ces dernières décennies ont eu pour cause des tensions sur le marché du pétrole.

Or l'Europe extrait peu de pétrole par rapport à sa consommation et la France encore moins... Et les besoins mondiaux vont croissant alors que la production stagne (la montée en puissance de l'extraction des pétroles non conventionnels tels que les sables bitumineux du Canada n'a fait que masquer à peine cette tendance). Il en est résulté la crise de 2008 aggravée par les dérèglements bancaires et les spéculations immobilières hasardeuses.

Les crises économico-financières vont donc se succéder dans lesquelles l'Europe va se trouver de plus en plus fragile. Il est donc illusoire de fonder un programme politique sur une croissance indéfinie.

Le contrepoint de cette crise pétrolière est paradoxalement le risque lié au réchauffement climatique.

Le réchauffement climatique, dû à la libération dans l'atmosphère de gaz à effets de serre du fait des activités humaines et principalement de l'utilisation de combustibles fossiles, commence à être mesurable et ses effets, sans être complètement quantifiables, commencent à se faire sentir (fontes des glaces polaires, inondations catastrophiques, augmentation du nombre de phénomènes climatiques extrêmes...)

Ce problèmes est d'autant plus préoccupant que les effets de ces gaz à effets de serre sont, aux dires des scientifiques, différés dans le temps. Ces effets seront donc, quoi que nous fassions maintenant, plus graves à l'avenir.

Les conséquences pour la France et l'Europe sont difficiles à estimer mais, compte tenu des impacts attendus sur l'ensemble de la planète, les conséquences humaines iront de flux massifs de populations aux conflits pour les ressources agricoles ou hydriques.

Il est donc plus qu'urgent de traiter le fond de ce problème.

Une première mise au point : le risque dû au réchauffement climatique anthropique (c'est à dire lié aux activités humaines) est réel, ses conséquences seront désastreuses même s'il est encore impossible d'en préciser ni les effets précis, ni les localisations, ni l'ampleur ni l'échéance. La communauté scientifique est quasi-unanime et les quelques chercheurs qui doutent de l'impact de la consommation humaine d'énergie fossile sur le climat n'apportent aucune preuve sérieuse à leur dires (quand aux faussaires, même parmi les scientifiques, mieux vaut ne pas en parler).

La conjonction de ces deux éléments fait donc peser à court terme un risque majeur sur notre société ; les solutions à mettre en œuvre seront longues à porter leurs fruits, il faut donc s'y mettre sans tarder et maintenir nos efforts.

Comment faire face ?

Notre société est, comme mentionné ci-dessus, très fortement dépendante du pétrole (et des matières premières en général qui posent le même problème de raréfaction à des degrés plus ou moins importants). Sans pétrole (et sans matières premières) plus d'activité économique telle que nous la connaissons. Une simple pénurie de pétrole ou d'une matière première fondamentale et l'économie entre en récession.

Or, pour une société dont le fonctionnement est basé non seulement sur cette consommation d'énergie et de matières premières mais aussi sur la croissance de celles-ci, cette raréfaction lui fait courir un risque mortel.

Il est donc de notre devoir collectif :

Soyons clairs : les actions à entreprendre seront difficiles, très impopulaires et devront durer quelques décennies. Ce qui n'est en aucun cas une raison pour baisser les bras et ne rien faire ou abandonner en cours de chemin.

Quelles solutions ?

Il n'y a pas de solution miracle à cet ensemble de problème. De plus, la mise en œuvre des actions en question n'est, à priori, pas très compatible avec les autres problèmes mentionnés (chômage, dettes, logement...) Il y aura donc lieu de trouver une voie permettant de répondre aux enjeux majeurs tout en s'attaquant aux problèmes immédiats.

Il ne faut pas compter sur une source d'énergie nouvelle, abondante et peu chère à court terme. Peut-être la fusion nucléaire nous apportera-t-elle une solution dans cinquante à cent ans mais la faisabilité n'en est pas même encore assurée (« l'énergie du soleil en boîte mais on ne sait pas encore fabriquer la boîte ») et l'industrialisation prendra plusieurs dizaines d'années. Quand aux énergies renouvelables, elles ne peuvent à elles seules satisfaire la demande actuelle, encore moins la croissance de cette demande.

La piste pour répondre à l'enjeu de l'énergie est donc de diminuer notre consommation et de la diminuer fortement. Une chance : c'est aussi le seul moyen de parvenir à diminuer notablement nos émissions de carbone et autres gaz à effets de serre. Une autre bonne nouvelle : ça va fortement réduire notre déficit commercial. Mais, très mauvaise nouvelle, c'est à l'opposé de notre mode de fonctionnement actuel et donc cela va à l'encontre des politiques classiques pour résorber le chômage, rembourser la dette, construire des logements...

Il faut donc imaginer les politiques d'accompagnement (car elles ne peuvent prendre le pas sur celles répondant aux enjeux majeurs) qui cibleront ces problèmes annexes (annexes pour la société mais non pour les gens qui les subissent). Ces politiques d'accompagnement devront être mise en place avec la même détermination que la politique principale pour deux raisons : elles seules permettront l'acceptation par la population de cet effort majeur et il est difficilement concevable de sacrifier toute une génération pour le bien être des suivantes (alors que le contraire est totalement inacceptable : notre confort présent ne doit en aucun cas se faire au détriment des générations futures mais c'est malheureusement ce qui se passe).

La base de ces politiques d'accompagnement doit être basée sur les besoins essentiels de la population. La définition de ces besoins est fondamentalement subjective et nous entrons là dans le premier des choix de société.

Notez bien que la diminution de la consommation n'est malheureusement pas du domaine de ces choix de société, elle s'impose à court ou moyen terme. À court terme de manière volontaire et relativement maîtrisée, à moyen terme de manière imposée par les circonstances et non maîtrisable.

Je vous propose ici ma vision des besoins essentiels ; ensemble des besoins à satisfaire pour, d'une part, vivre décemment et, d'autre part, pour que la vie vaille d'être vécue.

Dans la première partie de ces besoins, vitaux, sont :

dans la deuxième partie, besoins fondamentaux de l'être humain, se trouvent :

Il est à noter que la différence entre les deux groupes font à peu près la différence entre démocratie et dictature. Si nous voulons vivre en démocratie, nous devons avoir accès à tous ces droits et seule la démocratie permet d'y accéder effectivement. C'est donc l'ensemble de ces besoins qui devront être satisfaits.

Sachant que les ressources disponibles sont en quantités limitées et que ces quantités vont décroître si notre consommation de ressources primaires diminue, une répartition la plus équitable possible est indispensable pour garantir à tous et à chacun sa juste part.

Il faut donc instaurer des mécanismes de répartition relativement contraignants pour éviter de voir se développer des inégalités encore plus criantes qu'aujourd'hui et des manques portant atteinte à la possibilité même de survie d'une partie importante de la population.

Il faut également organiser la société pour que la part de ressources nécessaire à chacun pour l'atteinte de ces objectifs soit suffisante dans un contexte de diminution par rapport à ce que nous connaissons à l'heure actuelle.

Les pistes sont :

  1. diminution des besoins en énergie pour le chauffage : isolation des constructions existantes, nouvelles constructions zéro énergie ;

  2. diminution des besoins en énergie pour les transports individuels : diminution de la consommation spécifique de chaque transport, diminution du nombre de transports nécessaires au bon fonctionnement de la société ;

  3. maintien de la production électrique d'origine nucléaire le temps nécessaire pour atteindre le point de transition énergétique (baisse de la consommation, hausse de la production d'énergies renouvelables) ; recherches sur la filière thorium ;

  4. diminution de la consommation de biens non strictement nécessaires à l'accomplissement de chacun.

Si les trois premiers objectifs sont, pour tout ou partie, du domaine de l'action publique par le biais de la réglementation, le dernier ne peut être atteint que par l'action volontaire de chacun et donc par l'acceptation de ce programme politique (voir plus loin).

Quelles actions concrètes ?

La première décision à prendre consiste à taxer fortement l'énergie. Cette taxation doit être suffisamment élevée pour avoir un vrai effet dissuasif sur la consommation et un vrai effet d'incitation aux économies d'énergie. Mais elle doit avoir un effet progressif dans le temps pour permettre une adaptation des usages et comportements sans provoquer plus d'effet négatifs que positifs (précarité, difficultés économiques...) et pour permettre aux acteurs économiques d'avoir une visibilité sur le long terme pour planifier cette adaptation. Elle doit aussi s'appliquer à tous les biens et services consommés en France (voire en Europe) pour éviter les effets de concurrence déloyale basée sur le non respect de limitation d'émissions carbone et pour faire en sorte que nous n'exportions pas notre consommation d'énergie et notre production de gaz à effets de serre dans les produits et services importés (Nota : il est également nécessaire de luter contre la concurrence déloyale liée au non respect des droits de l'homme, des droits du travail ou des droits sociaux).

L'ordre de grandeur est de parvenir à une taxation de la consommation d'une tonne d'équivalent CO2 à 100 € à une échéance de dix ans maximum, y compris la consommation incorporée aux biens et services produits ou consommés en France. Le meilleur périmètre pour taxer la consommation d'énergie est l'Europe et ses frontières mais, sans attendre cette action, la France doit taxer l'énergie quitte à ne pas respecter les directives européennes.

Les accompagnements seront :

Pour permettre à la population de faire face à l'augmentation prévisible des coûts de l'énergie :

  1. aides à l'isolation des logements anciens ; pour éviter des effets d'aubaines, les aides seront conditionnées à l'atteinte d'objectifs mesurables de gains et liés à la conformité des devis à une tarification négociée avec les acteurs du marché ;

  2. politique d'aménagement du territoire incitant à une relocalisation des activités nécessitant de la main d'œuvre à proximité des bassins de vie de la population pour éviter les transports : ré-équilibrage des petites et moyennes localités, renforcement de l'arc des villes du Sud (Nantes, Bordeaux, Toulouse, Montpellier, Marseille, Lyon...), implantation des activités économiques à proximité de dessertes de transports en commun, incitation à la création ou au maintien de sièges sociaux dans les métropoles régionales ;

  3. politique des transports privilégiant la marche à pied et les cycles, les transports en commun et les véhicules individuels à très faible consommation (objectif : moins d'un litre aux 100 km) ;

  4. priorité aux énergies renouvelables et aux projets de répartition et de stockage de l'énergie ;

  5. adaptation de la société aux contraintes issues des énergies renouvelables (intermittence, aléas de production) ;

  6. aides dégressives dans le temps pour les familles les plus démunies ; une partie de la taxe carbone sera redistribuée égalitairement par personne.

L'ensemble de ces politiques nécessiteront la re-création du Commissariat général au plan avec des pouvoirs renforcés et le déploiement d'un corps très important de fonctionnaires chargés de l'application de ces règles et dispositifs sous la surveillance de la représentation nationale.

Pour permettre à court terme à tous de vivre décemment :

  1. répartition de la richesse travail entre tous par la diminution du temps de travail ; cette mesure sera progressive pour permettre à chacun d'adapter son mode de vie aux diminutions de ressources imposées mais suffisamment rapide pour éviter que les entreprises rationalisent leur production et donc n'embauchent pas ;

  2. favoriser les activités consommatrices de main d'œuvre au détriment de celles consommatrices d'énergie ; la taxation carbone est un élément clef de cette politique ;

  3. relocalisation des productions au plus près des aires de consommation : entités de production plus petites donc proportionnellement plus utilisatrices de main d'œuvre ;

  4. renforcement des commerces de centre-ville au détriment des grandes enseignes de périphérie ;

  5. actions pour favoriser l'artisanat et le commerce de proximité en particulier pour la production de biens durables.

Pour réduire les déficits budgétaire, commercial et social :

  1. augmentation de la pression fiscale de 1 à 2 % pour les particuliers avec un taux fortement progressif ;

  2. augmentation de la pression fiscale de 3 à 5 % pour les entreprises ;

  3. suppression des niches fiscales improductives et gel des niches fiscales potentiellement productive en attendant l'évaluation précise des gains pour la collectivité ;

  4. création d'un dispositif d'évaluation permanente des résultats des incitations fiscales ;

  5. application de la taxe sur les transactions financières (cette taxe devrait être mise en place au niveau européen mais elle doit être mise en place en France sans attendre) ;

  6. la taxation carbone permettra de réduire dans une forte mesure le déficit commercial par la diminution de l'importation de pétrole et de gaz et la relocalisation d'une partie de la production des biens ou services consommés en France ;

  7. la Sécurité sociale sera financée par l'impôt ;

  8. l'amélioration des conditions de travail et la diminution du temps de travail annuel devront être suffisamment significatives pour permettre l'acceptation de l'allongement de la durée du travail avant la retraite : si on est bien au travail, autant continuer le plus longtemps possible ;

  9. avec pour contrepartie une diminution progressive du temps de travail annuel en fin de carrière.

Nota : En matière de fiscalité , les propositions de Camille Landais, Thomas Piketti et Emmanuel Saez « Pour une révolution fiscale » peuvent quasiment être reprises telles qu'elles.

Quelles interactions avec le monde ?

Nous vivons dans un monde interdépendant et il est illusoire et irresponsable de penser que nous pouvons vivre en autarcie à court ou moyen terme (pour le long terme, la diminution de l'offre énergétique pourrait bien nous y obliger dans une certaine mesure).

Nous vivons également dans un monde où la concurrence effrénée est la règle absolue et où des décisions unilatérales de ce type pourraient porter des coups mortels à une économie isolée.

Il faut donc bâtir notre politique en tenant compte de ces contraintes fortes. Mais nous avons une fabuleuse opportunité : l'Europe. Si nous réussissons à la transformer en une organisation réellement démocratique au service des citoyens, elle deviendra un outil incomparable pour arriver à nos fins : un espace où les mots Liberté, Égalité, Fraternité remplaceront réellement les termes profit, croissance, concurrence...

Il nous faut donc persuader nos partenaires de l'impérieuse obligation de transformer l'Europe en une entité fédérale ayant de réels pouvoirs mais dont les dirigeants sont réellement responsables devant les citoyens ou leurs représentants et dont l'objectif est le bien commun et non « la concurrence libre et non faussée ». Ceci passera par la négociation d'une vraie constitution européenne démocratique et sociale ; constitution approuvée par référendum simultané dans tous les pays de l'Union.

Nous avons autour de nous d'autres ensembles géopolitiques importants, plus ou moins regroupés autour de structures régionales plus ou moins similaires à l'Union Européenne : l'ALENA ; le Mercosur ; l'ASEAN ; la CEI ; l'OUA ; la Ligue arabe... avec quelques poids lourds : États-Unis d'Amérique, Brésil, Chine, Japon, Inde, Russie, Nigeria, Afrique du Sud, Arabie Saoudite pour n'en citer que quelques-uns en dehors de l'Union européenne.

Chacun de ces ensembles et de ces pays va chercher à tirer à soi les plus en plus maigres bénéfices de la croissance mondiale. Cette compétition porte en elle tous les risques d'affrontement, y compris armés. Il est impératif de fonder un nouvel ordre mondial basé sur plus de coopération.

Quatre approches pour y parvenir :

  1. renforcer l'intégration européenne en dotant l'Union européenne d'une vrai constitution démocratique et de vrais pouvoirs (diplomatiques, financiers, de défense...) ;

  2. renforcer le rôle de l'ONU en élargissant le Conseil de sécurité et en renforçant les pouvoirs de l'Assemblée générale pour en faire l'embryon d'une vraie assemblée parlementaire mondiale ;

  3. privilégier les relations, discussions et négociations multilatérales pour légitimer les décisions de la communauté internationale ;

  4. promouvoir la coopération internationale pour permettre le développement soutenable des pays en ayant besoin (y compris avec tous les transferts de technologie nécessaires) de manière à leur permettre de satisfaire les besoins de leurs population, sans aggraver les émissions de gaz à effet de serre, et à limiter l'émigration pour cause économique.

Ceci dans l'optique de faire enfin accepter à l'ensemble des pays la nécessité de s'engager résolument dans une politique de réduction des risques énergétique et climatique. Une politique volontariste et ambitieuse de la France (et mieux encore de l'Europe) dans ce domaine serait le meilleur ambassadeur pour arriver à cette fin.

Comment durer ?

Un tel programme ne donnera ses fruits qu'au bout d'un temps assez long, incompatible avec les échéances électorales susceptibles de remettre en cause la politique engagée avant qu'elle ait atteint ses objectifs.

Il faut donc un contrat cadre entre les citoyens et l'État qui soit un mandat impératif qui ne peut être donné qu'après un débat de fond et qu'avec la plus grande solennité : il prendra la forme d'un référendum à la suite de la tenue de débats aussi bien aux niveaux politique que citoyen. Les débats fixeront les cadres et la durée de l'engagement et le vote référendaire l'entérinera. Les politiques seront contraints par ces cadres au même titre que par la Constitution. Un organe indépendant garantira la conformité des décisions au même titre que le Conseil constitutionnel.

Une évaluation des résultats sera faite chaque année et des recommandations en seront tirées pour infléchir l'action politique.

Seule cette transparence permettra l'adhésion durable des citoyens à cette action.

Quelles conditions pour l'accomplissement du programme ?

La première condition a déjà été traitée : il s'agit de l'adhésion des citoyens.

Une deuxième condition, qui peut sembler fort éloignée de ces préoccupations mais n'en est pas moins fondamentale, est une organisation des pouvoirs politiques la plus démocratique, transparente et équilibrée possible. Ce qui n'est pas du tout le cas avec la constitution actuelle. Cette constitution garantissant des pouvoirs fort au Chef de l'État a été faite par un homme pour un homme ; elle portait en elle les germes de son dévoiement, en particulier l'élection du Président au suffrage universel à partir de 1962, comme l'avaient bien expliqué quelques hommes clairvoyants (Gaston Monnerville, François Mitterrand...) Il est plus que temps de la remplacer par un système qui garantisse mieux la séparation des pouvoirs et l'efficacité de l'action gouvernementale.

Cette constitution serait basée sur les principes suivants :

Cette nouvelle constitution permettra, entre autres, de s'éloigner un peu de la « politique spectacle » qui met sous boisseau le débat politique.

Elle aura en outre l'avantage de faire que l'Exécutif gouverne et le Législatif légifère sans trop d'interférence.

Elle assurera enfin un contrôle plus régulier du Parlement sur l'action du Gouvernement sans avoir nécessairement recours à la censure.

Quels risques liés au déploiement de ce programme ?

La plus grande incertitude est liée aux interactions entre la décroissance de la consommation et l'activité économique ; le risque étant d'avoir une aggravation de la crise économique en cas de mauvais pilotage des actions décidées. Il est clair que la mise en place d'une telle politique est beaucoup plus aisée en partant d'une situation socio-économique saine plutôt que d'un état de marasme économique tel qu'actuellement.

Mais ce n'est pas parce que les politiques ont été à ce jour dépourvus de clairvoyance, de vision réaliste ou de courage que nous devons nous dire que la partie est perdue. Nous avons certes perdu un temps précieux et nous sommes loin d'une situation idéale mais, avec de la volonté, nous avons encore toutes nos chances de créer un monde réellement durable, fraternel et égalitaire.

Un des éléments permettant de réduire ce risque est un renforcement du contrôle réglementaire sur les établissements financiers et les transactions financières. Un autre est une pénalisation plus importante des crimes et délits financiers qui forment une menace majeure pour notre société.

Le deuxième risque est l'érosion de l'adhésion citoyenne à ce programme. Sa durée, ses contraintes et la relative lenteur des effets bénéfiques pourraient décourager nombre de personnes et le rendre impopulaire donc inapplicable dans le pire des cas.

Il y a donc lieu de particulièrement soigner la tenue du débat préalable et de porter une attention spéciale aux organes de suivi et de communication pour que chacun puisse avoir une vision la plus transparente possible et puisse, en conséquence, adhérer pleinement aux objectifs ou en demander, à juste titre, l'adaptation des moyens mis en œuvre.

Quels risques si nous ne faisons rien ?

La stagnation puis la baisse de la production pétrolière et la hausse des besoins des pays émergents va entraîner des tensions de plus en plus fortes sur la demande et sur les prix. Les pays exportateurs de pétrole vont privilégier leur consommation interne (l'Indonésie, par exemple, n'est plus membre de l'OPEP car elle est devenue importatrice nette). L’Europe n'étant pas un producteur important et voyant sa production décroître depuis 2000 va se retrouver dans la plus mauvaise situation d'accès aux ressources énergétiques. La France se retrouvera parmi les pays les plus défavorisés en dépit de la part de son énergie électrique d'origine nucléaire.

Le premier risque a déjà été développé ci-dessus : la récession durable de nos économies.

Le second est la chute de la production agricole dans de nombreux pays (une autre cause de cette chute de production est l'épuisement des terres demandant de plus en plus d'intrants) ayant pour conséquences des famines plus ou moins généralisées.

Un troisième risque est la disparition de la démocratie : alors que celle-ci connaît un inespéré renouveau dans nombre de pays, les crises économiques risquent de désespérer les populations et permettre à des démagogues sans scrupule de prendre le pouvoir et d'instaurer des régimes plus ou moins dictatoriaux.

Le dernier qui sera évoqué, et non le moindre, est le risque de guerre. Considérant le caractère vital de l'accès à l'énergie, il est à craindre que des conflits armés éclatent de plus en plus souvent entre les nations. Il faut se souvenir que la majorité des guerres étrangères ou civiles de la deuxième moitié du XXe siècle et du début du XXIe sont des conflits pour la maîtrise des sources d'approvisionnement énergétique ou hydrique.

Or les pays émergents renforcent leurs armées à grand frais ; nonobstant le caractère immoral d'une guerre pour la possession de richesses, l'Europe ne sera bientôt plus à même de seulement se défendre dans un tel conflit, en particulier si chaque pays continue à faire cavalier seul et à penser être sous la protection efficace de l'OTAN ; il faut bien se rendre compte que les États-Unis d'Amérique recentrent leurs défenses vers la zone Asie-Pacifique et la dernière décennie a montré qu'ils n'étaient plus en mesure de mener des opérations d'envergure sur deux fronts.

Tous ces risques seront exacerbés au fur et à mesure que les effets néfastes du réchauffement climatique se feront sentir.

Pour toutes ces raisons, il est impératif de lancer le plus rapidement possible un programme volontariste de réduction de la consommation d'énergies : pour être prêt lors en cas de pénurie, pour diminuer les risques liés au réchauffement climatique et pour montrer l'exemple au monde entier.

En guise de conclusion provisoire

Les risques majeurs qui menacent nos sociétés sont un défi sans précédent pour l'humanité.

Il convient de prendre les mesures à la hauteur de ces risques et de les mener à bien quelles que soient les difficultés, les obstacles et la durée de l'effort à consentir.

L'objectif sera une société probablement fondamentalement différente de celle que nous connaissons mais seule à même de nous permettre de vivre confortablement et durablement pour peu que nous sachions nous contenter du nécessaire et d'un minimum de superflu.

Il n'y a pas d'alternative mais une démarche courageuse et soutenue dans le temps nous permettra de faire face à cet immense défi.